Inga Kazantseva et l'Offrande Musicale

Epure, musique et incandescence

Dans la quiétude de l'église protestante de Haguenau, où la sobriété devient promesse et ou la pierre respire sans emphase, la musique a trouvé l'écrin d'une pureté presque monastique. Ici, nul ornement superflu : seul la vérité nue des sons, l'écoute intérieure et le frémissement du sacré discret.

Sous la direction vibrante et profondément incarnée de Pierre-André Dupraz, l'Offrande Musicale a offert un chemin de musique tissant l'invisible entre l'archet, le souffle et l'âme. Le Concerto n°1 en sol mineur de Mendelssohn surgit comme une incandescence maîtrisée, et Inga Kazantseva, souveraine d'un clavier devenu clair-obscur, répandit une virtuosité d'une noblesse rare, jamais conquérente, toujours habitée. Sa musicalité, fine comme un voile de soie, dévoilait les battements secrets du romantisme : un lyrisme clair, vibrant, mais retenu pour ne pas briser le fil fragile de l'émotion.

Telle une petite friandise, Inga Kazantseva a fait scintiller la Valse-Caprice d'après Schubert et Liszt, une brise de l'esprit emportant le public aux frontières du rêve et du sourire.

Puis s’ouvrit la Symphonie n°3 « Écossaise », non comme une carte postale venue du Nord, mais comme un récit orchestral porté par le souffle du destin. Pierre-André Dupraz y insuffla un mouvement constant, presque organique, offrant au public une traversée où les timbres ne décrivaient pas des paysages, mais l’élan intérieur d’une âme en marche. L’orchestre fit surgir tour à tour la tension des marches héroïques, la clarté dansante d’un scherzo aux contours féeriques et la noblesse sombre des pages plus retenues, jusqu’à l’embrasement du final. Entre inquiétude, lumière et fière élégance, Mendelssohn y résonna non comme un peintre de brumes, mais comme un dramaturge de l’élan humain, souverain et profondément inspiré.