La Fabrique à Contes - BNS Gala 2025

Il suffit parfois d’un soir pour que le réel se fissure. Le bassin, déserté par ses usages ordinaires, se mue en alchimie silencieuse, en matrice de songes. Avec La Fabrique des Contes, le Ballet Nautique de Strasbourg entrouvre un monde suspendu, où l’art, longtemps tenu en apnée, reprend souffle et mouvement.

Dans des vapeurs de cuivre et de pénombre, les corps apparaissent comme appelés par une force invisible. Ils glissent, s’entrelacent, se fragmentent avant de se recomposer, portés par une eau tantôt caresse, tantôt résistance. La piscine se déploie en profondeur, en hauteur, en mystère ; elle devient territoire mouvant, atelier secret où se façonne l’imaginaire.

Les nageuses et nageurs ne semblent plus lutter contre l’effort : ils l’ont apprivoisé. La rigueur extrême — souffle suspendu, gestes millimétrés, synchronies parfaites — s’efface derrière une écriture fluide, presque irréelle. La performance se dissout dans la poésie, comme si le corps avait oublié sa pesanteur pour ne garder que l’élan. Chaque tableau naît, tremble, puis s’évanouit, tel un conte fragile à peine murmuré.

La lumière effleure l’eau, y grave des ombres fugitives, des silhouettes instables aussitôt absorbées par les profondeurs. Une héroïne sans visage traverse ce monde, portant en elle la mémoire des récits, la résistance de la culture, la nécessité du rêve. Dans ce ballet collectif, quelque chose d’enfoui remonte à la surface : l’enfance, la lenteur, l’émerveillement.

Lorsque le silence retombe, il demeure cette impression rare d’avoir assisté à une œuvre totale, où la discipline se fait langage secret, et où l’art, confié à l’eau, rappelle doucement sa puissance de beauté et de persistance.