Dom Juan - Cie L'Illustre Théâtre
Dom Juan n’appartient à aucun siècle. Il circule entre eux.
Il glisse des lambris dorés du Grand Siècle aux lignes brutes de nos villes contemporaines, libre et incandescent, comme une parole que le temps ne parvient jamais à clore. Le 9 décembre, au théâtre de Haguenau, l’Illustre Théâtre, guidé par l’audace de Tigran Mekhitarian, a rappelé avec force que cette œuvre née au XVIIᵉ siècle continue de sonder nos vertiges les plus actuels.
Dès l’ouverture, le langage se met en mouvement. La diction se tend, le rythme s’accélère, le rap surgit comme une respiration du présent. Dans cette pulsation neuve, la langue de Molière ne cède rien : elle se redresse, affûtée, étonnamment souple, capable d’épouser le flow sans perdre sa noblesse ni sa cruauté. Le verbe ancien retrouve sa puissance de choc.
Dom Juan n’est pas seulement un séducteur ; il est un refus. Refus de la foi imposée, de la morale héritée, des promesses figées. Il avance sans ancrage, mû par un désir sans limite, figure intemporelle de l’homme qui préfère la brûlure de la liberté à la sécurité des certitudes. Hier libertin scandaleux, aujourd’hui icône de la transgression, il demeure ce miroir inconfortable tendu à nos renoncements.
Sur scène, les corps inscrivent le texte dans la chair. Le jeu est physique, engagé, presque sismique. Le passé et le présent s’entrechoquent : le classicisme dialogue avec l’asphalte, la pensée avec l’instinct, la croyance avec le doute. Rien ne s’oppose frontalement : tout se répond, se contamine, se réinvente.
Ainsi réinventé, Dom Juan ne prend pas une ride. Il nous regarde, frontal, et nous pose cette question brûlante : que faisons-nous, aujourd’hui, de notre liberté ?
.jpg)


















































