Ensemble Vocal Philae T'amo mia vita
Dimanche 8 mars, l’église protestante de Haguenau s’est faite le théâtre d’un délicat voyage dans le temps. Avec son programme T’amo mia vita, l’Ensemble Vocal Philae invitait le public à parcourir un siècle d’effervescence musicale, au cœur de l’Italie des XVIᵉ et XVIIᵉ siècles, là où naquit et s’épanouit l’art du madrigal.
Dans ces pages musicales où chaque mot semble trouver son écho dans la musique, les compositeurs de la Renaissance et du premier Baroque ont porté à un rare degré de raffinement l’expression des passions humaines. L’amour y brûle, soupire ou s’embrase, la douleur s’y pare d’élégance et la joie éclate en lumières fugitives. Sous la direction de Cédric Dosch, les voix de l’Ensemble Vocal Philae ont su restituer avec finesse cette palette d’émotions où la musique épouse chaque inflexion du texte.
Le programme traversait les paysages expressifs de Luca Marenzio, Claudio Monteverdi ou Carlo Gesualdo, figures majeures d’un art où la musique devient peinture des sentiments. Les soupirs suspendus de Sfogava con le stelle, la lumière printanière de Zefiro torna ou les accents poignants du Lamento della Ninfa rappellent combien le madrigal sait sonder les profondeurs de l’âme humaine.
Le concert offrait également un éclairage précieux sur deux compositrices dont la voix demeure trop rarement entendue : Maddalena Casulana, première femme à publier un livre de musique sous son nom au XVIᵉ siècle, et Barbara Strozzi, dont l’écriture ardente et expressive révèle une personnalité musicale d’une grande liberté.
Moment de curiosité sonore enfin avec la présence du cornet à bouquin, instrument aujourd’hui disparu dont la sonorité singulière était telle une réminiscence venue d’un autre âge.
Dans la pénombre apaisante de l’église, ces madrigaux vieux de quatre siècles ont retrouvé une étonnante fraîcheur. Et l’on mesurait, à l’écoute de ces pages ciselées, combien la musique possède ce pouvoir singulier : abolir le temps pour laisser résonner, intactes, les émotions humaines.


















































