Grégory Ott - Parabole
Il n’y avait plus de scène, jeudi soir, à la Chapelle des Annonciades, mais un centre fragile, presque secret. Le piano de Gregory Ott reposait là, au milieu des regards, comme une présence silencieuse autour de laquelle le monde pouvait s’ordonner autrement. Et soudain, il s’est mis à respirer, à déployer, note après note, une aile invisible.
Avec Parabole, inspiré des Ailes du désir de Wim Wenders, la musique ne raconte pas : elle ouvre. Elle entrouvre un passage vers un territoire suspendu, où le temps se dilate, où les frontières se troublent. Nées dans l'intimité du monde arrêté, les pièces avancent comme des fragments d’air, des éclats de mémoire, des souffles à peine retenus.
Le piano devient aile, non pas pour s’élever, mais pour frôler. Frôler la page blanche d’un ange qui consent à la chute pour éprouver la chaleur d’une présence, la densité d’un instant, la brûlure d’aimer. Frôler aussi cet espace premier, où toute création naît dans une innocence sans contours.
Entre les notes, les mots apparaissent. Des fragments du scénario, et ce poème de Peter Handke, « Als das Kind war… ». Comme une mémoire d’avant la mémoire. Un temps où l’on marchait sans savoir, où tout était encore possible, offert.
Et Berlin, en sourdine, respire. Ville traversée de rumeurs, de nuits lentes, des bruissements de jours incertains. Ville fragmentée, pourtant pleine d’humanité. On y devine des silhouettes, au bord d’un canal, des anges immobiles, un vieil homme nourrissant les cygnes, images suspendues, presque irréelles, qui flottent à la surface de l’écoute.
La musique de Grégory Ott ne cherche pas à dire. Elle laisse venir. Elle accueille l’indécis, le tremblé, le fugitif. Dans cette proximité, quelque chose s’opère : l’écoute devient expérience. Parabole n’explique rien, mais déplace le regard, ouvrant un espace où le temps, l’amour et la présence au monde se laissent éprouver autrement.



















