La Philharmonie de Poche - L'Eau

Quand l’eau se met à chanter

Dimanche 14 décembre, le Théâtre de Haguenau a ouvert ses portes à l’élément le plus insaisissable : l’eau. Dans le cadre de son cycle consacré aux éléments, la Philharmonie de Poche a convié le public à une véritable immersion, où la musique devient courant, la parole vague, et l’émotion marée.

Guidés par Jean-Christophe Garzia, un narrateur aussi érudit que malicieusement poète, nous avons plongé dans l’histoire millénaire de l’eau chantée, depuis les tablettes d’argile des chants hourrites jusqu’aux reflets impressionnistes de Debussy. L’onde majestueuse de la Water Music de Haendel a ouvert la traversée, solennelle et lumineuse, bientôt rejointe par la larme suspendue de Rossini, fragile et profondément humaine.

La pluie s’est ensuite invitée en fines percussions sous les doigts de Marie Jaëll, enfant d’Alsace trop longtemps tenue dans l’ombre. Ses Jours pluvieux ont déployé une palette subtile de gris, de soupirs et de silences habités, où chaque goutte semblait porter une mémoire. De là, les flots se sont faits danse, rapides et ludiques, avant de se muer en neige russe avec Tchaïkovski, flocon éphémère voué à disparaître.

Debussy, compositeur de l’eau par excellence, a brouillé les lignes du réel : la pluie y devient voile, le soir s’y reflète, l’émotion y affleure sans jamais se dire tout à fait. Plus loin, l’Aquarium de Saint-Saëns a fait scintiller un monde fantasque, avant que le concert ne glisse vers le cinéma et la comédie musicale, de Singin’ in the Rain à La Reine des Neiges, rappelant que l’eau unit les générations autant qu’elle traverse les siècles.

Entre humour, érudition et virtuosité, la Philharmonie de Poche a réussi une alchimie rare : transformer la connaissance en poésie, et faire de l’eau un chant universel, à la fois savant et profondément sensible.