La disparition de Josef Mengele - Cie L'Idée du Nord
Certains noms portent en eux une charge d’effroi qui traverse les décennies. Celui de Josef Mengele appartient à cette sombre mémoire de l’humanité. Médecin du camp d’Auschwitz, responsable de la mort de centaines de milliers de Juifs et auteur d’expérimentations médicales d’une cruauté indicible, il demeure l’un des visages les plus glaçants de la barbarie nazie. Pourtant, celui que les déportés surnommèrent « l’ange de la mort » mourut en 1979 au Brésil, sans avoir jamais été jugé.
Mardi 10 mars, au théâtre de Haguenau, la compagnie L’Idée du Nord proposait une adaptation saisissante du roman d’Olivier Guez, portée par Mikaël Chirinian. Seul en scène pendant plus d’une heure, l’acteur livre une performance d’une intensité rare, habitée par un profond devoir de mémoire.
La scénographie, d’une grande sobriété, repose sur un mur de photographies où apparaissent les visages de tous les protagonistes du récit : compagnons de fuite, complices, enquêteurs ou figures du passé. Présent mais jamais manipulé, ce mur agit comme une présence silencieuse et oppressante. Il matérialise la mémoire, l’enquête, mais aussi l’appartement anonyme où Mengele poursuivit sa cavale.
Choisissant de ne jamais incarner directement le criminel nazi, Chirinian demeure dans la posture du narrateur. Un choix éthique autant qu’artistique : refuser toute incarnation, c’est refuser d’offrir à Mengele l’espace du personnage. Le comédien se fait alors passeur d’histoire, traversé par la puissance du texte, porté par un rythme haletant qui maintient le public dans un état de tension presque physique.
De Buenos Aires à São Paulo, la fuite du médecin nazi se déploie dans un climat de paranoïa permanente. Changements d’identité, réseaux de soutien, complicités idéologiques ou silencieuses : la cavale révèle aussi l’existence d’un monde qui permit à ces criminels de se dissimuler et parfois de prospérer.
La musique accompagne cette dérive historique avec une force symbolique troublante. Le « Tango de la mort », joué autrefois à Auschwitz pour rythmer l’arrivée des trains de déportés, résonne également à l’arrivée de Mengele en Argentine. Comme si l’ombre du crime refusait de se dissiper.
Au-delà du récit historique, le spectacle confronte le spectateur à une vérité dérangeante. Avant d’être des bourreaux, les criminels nazis furent des hommes ordinaires, produits d’une société qui, par adhésion, indifférence ou peur, laissa le mal s’installer. Dans cette perspective, le théâtre devient un espace de mémoire vigilante : un lieu où l’histoire ne se contente pas d’être racontée, mais où elle nous oblige à regarder, lucidement, ce que l’humanité peut produire lorsqu’elle abdique sa conscience.
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