N_ORMES
Mardi 18 novembre, au Théâtre de Haguenau, Agathe et Adrien ont offert avec N_ORMES une traversée qui défait patiemment les coutures du masculin et du féminin.
Le rideau s’est soulevé sur un halo de lumière, précis comme un souffle d’aube, révélant deux corps qui dialoguent dans une grammaire chorégraphique d’un raffinement presque inouï. D’abord harmonie pure : gestes tissés, lignes suspendues. Puis la musique se dérègle, les pulsations se cabrent, et les corps vacillent sous une tension qui enfle comme une vague intérieure. Soudain, le silence — un gouffre où tout bascule.
Adrien s’éclipse. Agathe demeure, fragile et indomptable à la fois, en quête d’un équilibre qui se dérobe sans cesse. Sous les applaudissements qui semblent vouloir la porter, elle recommence, cent fois peut-être, inversée comme un monde qu’on tenterait de remettre à l’endroit : la tête ancrée, les bras et les jambes cherchant à stabiliser une âme qui chancelle. Mais rien n’y fait. Quelque chose manque. Quelque chose empêche. Alors elle renonce, et s’étend au sol, abandonnée à sa propre gravité.
Adrien revient, se couche sur elle, imposant le poids d’un rôle millénaire. Un instant seulement, car Agathe se relève, reprend l’espace, puis quitte la scène comme on claque une porte sur un destin refusé. La clarinette se déploie en volutes de douceur, laissant Adrien solitaire, modelé par la musique d’un orchestre symphonique. Sa danse devient alors caricature d’homme : poses athlétiques, silhouettes empruntées aux marbres héroïques de la Grèce antique. Jusqu’à ce que tout s’inverse — à nouveau.
Les équilibres renaissent. Les rôles se défont. Adrien revêt une brassière, Agathe devient porteuse, Adrien voltigeur. L’homme et la femme s’égalisent, se complètent, se renouvellent. Ils composent un être double, une symétrie mouvante où la hiérarchie n’a plus lieu d’être.
La fin se dissout dans la pénombre : les corps s’y confondent, brouillant leurs frontières, abolissant leurs genres. Il ne reste que le mouvement, pur, essentiel.
Par touches successives, Agathe et Adrien mettent à nu les dynamiques de pouvoir, les schémas toxiques, les prisons invisibles imprimées par les modèles genrés. N_ORMES est l’aboutissement de trois années d’exploration radicale : un geste chorégraphique affranchi des clichés, des sentiers rebattus, une tentative de créer des espaces où l’individu se fond, où naissent des êtres hybrides porteurs d’un questionnement lumineux sur la relation à l’autre.
La lumière, véritable architecture en mouvement, façonne des territoires, ouvre des brèches, réinvente le visible. Et au cœur de ces éclats, la charge mentale se murmure, se voit, se transmet.
Ce spectacle offre au spectateur une salle de miroirs : chacun y trouve sa vérité, son trouble, sa liberté. N_ORMES, c’est finalement cela : un espace où les normes vacillent, où les certitudes se défont, où l’humain — enfin — devient possible autrement.
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