Requiem de Maurice Duruflé - Ensemble Vocal Philae de Strasbourg

Un Requiem prodigieux de lumière et d'éternité

Sous la nef apaisée de l'église protestante des Haguenau, l’Ensemble Vocal Philae a offert un Requiem d’une prodigieuse luminosité, où le souffle de Duruflé s’est fait prière, paix et éternité.

Mardi 11 novembre, l’église protestante de Haguenau s’est emplie d’une lumière presque surnaturelle. Sous la direction inspirée de Cédric Dosch, l’Ensemble Vocal Philae a interprété le Requiem de Maurice Duruflé, cette messe des morts si singulière, composée en 1947, où la foi ne se crispe pas dans la douleur mais s’élève dans la clarté.
Duruflé, fervent catholique et fin connaisseur du chant grégorien, y tisse une liturgie hors du temps, mêlant la pureté des lignes anciennes à la sensualité des harmonies modernes. Ici, nulle angoisse, nul ton funèbre : la mort s’y fait passage, la prière s’y fait lumière.

Dès les premières notes, le chœur a imposé un climat d’éternité tranquille. Le Kyrie s’est déployé comme une caresse d’air, lumineux et ample. Dans le Domine Jesu Christe, la tension s’est faite palpable : les voix s’y sont enflammées, poursuivies par les grondements de l’orgue, évoquant la gueule du lion, les ténèbres, l’abîme. Mais ce tumulte n’a duré qu’un instant — déjà la paix reprenait ses droits, la musique se dissolvait dans un souffle d’espérance.

À l’orgue, Ivan Terekhanov fut admirable, conjuguant une virtuosité impétueuse à une douceur presque mystique. Son jeu, puissant comme un torrent ou délicatement enveloppant, a révélé la richesse infinie de l’instrument, ce compagnon de souffle et de prière.
La mezzo-soprano Geneviève Kaemerlen a, quant à elle, offert un Pie Jesu d’une pure incandescence, moment suspendu entre ciel et terre, où la fragilité humaine s’effleurait du divin.

Sous la baguette habitée de Cédric Dosch, les voix de Philae ont trouvé leur juste équilibre, portées par une ferveur sincère, une intériorité vibrante. L’œuvre de Duruflé, loin des visions terribles du Dies irae, s’est ouverte sur la lumière du Lux Aeterna, sur cette paix que l’homme espère et que la musique, un instant, lui accorde.
Quand les dernières notes se sont éteintes, il ne restait qu’un silence habité — celui où le souffle devient prière, et la musique, promesse d’éternité.