Noctis Brass Quintet

Il suffit parfois de quelques notes pour qu’un lieu change de visage. Le 17 août, l’église protestante de Haguenau a laissé entrer un parfum de Nouvelle-Orléans. Noctis Brass Quitet avançait en musique, cinq cuivres portés par le même souffle : la soirée ne suivrait aucun chemin trop sage.

Pour leur première aventure loin du récital traditionnel, les musiciens ont choisi de raconter plutôt que d’enchaîner les œuvres. La Fille aux cheveux de lin de Leconte de Lisle dessinait un paysage bucolique ; la Promenade de Moussorgski ouvrait ensuite ses Tableaux d’une exposition. Une alouette surgissait au détour d’un vers ? Elle devenait, avec malice, « gentille alouette ».

La fantaisie reprenait ses droits. De la housse du tuba jaillissaient ballon, raquettes, lunettes d’éclipse, mules et partitions froissées, oubliées au fond d’un bagage d’été. Puis le tubiste escaladait la chaire en randonneur parti à l’assaut des cimes. Le rire flottait encore lorsque s’éleva La Nuit de Victor Hugo. Aux astres et aux abîmes du poète répondait la profondeur de Rachmaninov, dans un quatuor réinventé par les musiciens pour leurs cinq cuivres.

Lorsque la Valse des fleurs de Tchaïkovski réclamait une harpe absente, Noctis Brass en inventait une : le public, devenu instrument d’un soir.

Rencontrés à la HEAR de Strasbourg, aujourd’hui dispersés aux quatre coins de la France et de l’Europe, les cinq complices se retrouvent l’été avec un plaisir intact. Cette joie circule entre les pupitres et gagne la salle. Leur virtuosité leur offre cette liberté rare : sourire à la grande musique sans jamais l’abîmer. Sous leurs cuivres, elle cesse d’être monument pour redevenir une émotion vivante et partagée.