Dans le salon de Rossini

Dans Le Salon de Rossini - Entre musique et gourmandise

Dans le cadre du festival Vibration(s), l’Ensemble Vocal Philae invitait le public de la MAC de Bischwiller à pousser les portes du Salon de Rossini, pour une soirée où musique, esprit et gourmandise se conjuguaient avec élégance.

Paris, printemps 1864. À 72 ans, Rossini a délaissé les scènes lyriques, mais convie chaque samedi soir le Tout-Paris artistique. Aux côtés de son épouse Olympe Pélissier, il cultive l’art de recevoir, entre musique, esprit et gourmandise.

Sur scène, petits salons, tables élégamment disposées et costumes raffinés restituent sans ostentation le faste du Second Empire. Au piano, Stéphane Seban revêt d’emblée le costume du complice privilégié de Rossini, servant avec autant de finesse sa musique que les facéties de son illustre hôte.

Cédric Dosch, en Rossini, ouvre les festivités avec La Calunnia, tirée du Barbier de Séville. Le célèbre crescendo rossinien déploie toute sa verve mordante. Mais soudain, l’annonce de la mort de Meyerbeer assombrit les réjouissances. Un cortège mortuaire traverse le salon. Le Chant funèbre, puis La carità, portée par les voix féminines, installent une gravité inattendue.

L’émotion atteint son paroxysme avec Adieux à la vie. Sur une note obstinément répétée, Élise Duclos incarne prodigieusement l’immobilité du chagrin, tandis que le piano, dans ses harmonies mouvantes, s’agite dans un battement de coeur. Un instant d’une saisissante intensité.

Rossini lève alors son verre aux absents comme aux vivants. La fête peut reprendre. Les irrésistibles miaulements du Duo des chats, interprété avec une virtuosité désopilante par Cédric Dosch et Élise Duclos, déclenchent sourires et même quelques rires. Une promenade en gondole, soudain malmenée par les vents, prolonge cette fantaisie joyeusement théâtrale.

Après un entracte où le public, convié à partager une coupe de crémant en musique, devient à son tour l’hôte de Rossini, le second acte s’ouvre sur une savoureuse opposition. Tandis que s’élève le Kyrie de la Petite Messe Solennelle, les convives dressent les tables, font circuler assiettes et verres. Le sacré accompagne les préparatifs des agapes : chez Rossini, la gourmandise s’élève au rang de religion !

Puis, au tumulte succède la confidence. Rossini adresse à Olympe une tendre Ariette à l’ancienne, à laquelle elle répond par les vocalises étincelantes d’Una voce poco fa. Dans ce dialogue amoureux, la mélancolie du compositeur vieillissant rencontre l’insolente jeunesse de son génie. Deux époques, deux langages, une même déclaration d’amour à la musique.

Le Saltarello à l’italienne réveille bientôt les ardeurs de la fête, tandis que La chanson du bébé révèle un Rossini délicieusement capricieux. Enfin, Il carnevale di Venezia entraîne les convives dans un tourbillon jubilatoire.

L’Ensemble vocal Philae relève avec éclat le défi d’un spectacle où l’exigence musicale se double d’une véritable incarnation théâtrale. Élise Duclos et Cédric Dosch excellent dans l’art de passer du recueillement à l’espièglerie, de la tendresse à l’exubérance. Stéphane Seban, pianiste d’une rare élégance, soutient et magnifie chaque inflexion.

Portée par une mise en scène inventive et la beauté des costumes, cette soirée compose un portrait sensible et malicieux de Rossini, homme de contrastes, amoureux des voix autant que des plaisirs terrestres. Une célébration de la vie, saluée par une véritable ovation.