Le voyage de Monsieur Perrichon
Le voyage de Monsieur Perrichon, un tourbillon de malice et d'humanité
Mardi 13 octobre, au Théâtre de Haguenau, la compagnie Artistic Athévains a donné des ailes au Voyage de Monsieur Perrichon. Sous la direction de Frédérique Lazarini, le texte de Labiche pétille, porté par une troupe éblouissante et une invention scénique de chaque instant.
Monsieur Perrichon est ravi : le voilà parti avec femme et fille à la découverte des Alpes, à bord de ces trains qui promettent un monde nouveau. Mais deux prétendants convoitent Henriette. Armand sauve son père d'un mauvais pas ; Daniel, plus rusé, lui offre le bonheur de jouer les héros. Et Perrichon, aveuglé par son amour-propre, préfère celui qui lui doit tout à celui envers qui il devrait éprouver de la gratitude. Quelle cruelle et délicieuse ironie ! À ses côtés, Caroline, incarnée par Emmanuelle Galabru, cache sous une apparente ingénuité un bon sens et une lucidité qui font défaut à son époux.
Une gare, les Alpes, un salon, le jardin d'un duel : les lieux surgissent et s'évanouissent au gré de deux écrans ingénieusement exploités. La scénographie de François Cabanat ne se contente pas de montrer le voyage, elle le fait vivre. Les objets semblent avoir leurs caprices, les gestes deviennent chorégraphies, le burlesque surgit d'un détail. On pense à Jacques Tati, à cette poésie du mouvement où le réel glisse soudain vers l'absurde. Frédérique Lazarini fait de ce monde mouvant une fête pour les yeux, sans jamais égarer le récit.
Et quel rythme ! Les répliques fusent, les regards se croisent, les situations s'emballent. Pas un temps mort. La troupe jongle avec la langue ciselée de Labiche avec une précision prodigieuse : un silence, un mouvement, une inflexion et le rire éclate. Cédric Colas compose un Perrichon superbement imbu de lui-même, puis laisse peu à peu apparaître, sous la fatuité, un homme capable de reconnaissance. Toute la finesse de cette interprétation tient dans ce passage de la caricature à l'émotion.
Car Labiche ne rit jamais très loin de la vérité. Ses personnages ont beau porter les costumes du XIXe siècle, leurs faiblesses, leurs élans et leurs contradictions nous sont familiers. Dans ce miroir malicieux, le théâtre nous offre le bonheur de rire — et, peut-être, de mieux comprendre les autres.




















































































