L'Ecole des Femmes - Cie Viva
L’Ecole des Femmes : l’émancipation en alexandrins !
Pour se prémunir de l’infidélité, Arnolphe imagine un singulier stratagème : élever Agnès dans l’ignorance afin d’en faire une épouse docile. Mais l’irruption d’Horace et la naissance d’un amour réciproque bouleversent ses desseins, précipitant le tuteur dans une succession de déconvenues. Une comédie aussi mordante que réjouissante, à laquelle la Compagnie Viva a redonné tout son éclat, le 3 novembre, sur la scène du Théâtre de Haguenau.
La liberté au coeur de la farce
En 1662, Molière bouscule les conventions d'une société où la femme demeure sous tutelle masculine. Derrière les extravagances d'Arnolphe, il dénonce une conception du mariage fondée sur la domination, opposant à l'aveuglement du tuteur la lucidité naissante d'Agnès. Quatre siècles plus tard, cette audace conserve une résonance saisissante, que la Compagnie Viva restitue avec une réjouissante inventivité.
Une fantaisie scénique foisonnante
ès l'ouverture, Agnès apparaît dans une boîte à musique, telle une délicate figurine dont Arnolphe prétend régler chaque mouvement. Anthony Magnier donne corps à cette illusion de toute-puissance dans une scénographie où les époques se brouillent et les alexandrins s'enrichissent d'incursions contemporaines au délicieux accent québécois Les jeux avec le public prolongent la liberté théâtrale de Molière, héritée des tréteaux et de la commedia dell'arte.
Eva Dumont passe d'Agnès à Georgette, Victorien Robert d'Horace à Alain, dans un ballet de costumes et de métamorphoses savamment chorégraphié. Leur truculence évoque irrésistiblement Dame Ginette et Jacquouille dans Les Visiteurs, tandis qu'Arnolphe rappelle le comte de Montmirail, prisonnier des codes d'un monde qui lui échappe.
Pour sa première dans la reprise du rôle d’Arnolphe, Grégory Bellanger s'empare magistralement d'une partition théâtrale particulièrement exigeante, qu'il lui a fallu apprivoiser. Majestueux dans sa suffisance, désarmant dans ses déconvenues, son Arnolphe suscite les rires d'un public qui savoure chacun de ses revers.
La musique de Mathias Castagné, nourrie de Tchaïkovski et de Kurt Weill, accompagne cette effervescence où le burlesque côtoie le drame.
L’amour affranchi de toute tutelle
Derrière les éclats de rire se joue pourtant une conquête essentielle. Agnès découvre sa capacité à penser, à choisir et à aimer librement, tandis qu'Arnolphe assiste à l'effondrement de ses certitudes. En faisant triompher la sincérité des sentiments sur la volonté de possession, Molière affirme une liberté féminine d'une étonnante modernité.
Une victoire lumineuse, rappelant que l’amour ne saurait s’accomoder de chaînes
























































